impressions pendant 6 mois de stage à singapour ...
Lettre IV
Rica a Usbek
Depuis que nos routes se sont séparées, je n'avais pas encore évoqué cette pratique d’usage très répandu en Asie, que j'observe chaque semaine et a laquelle je participe afin de mieux la comprendre. Il s'agit d'une discipline que je placerais entre l'exercice physique et l'exercice mental puisqu'elle fait bien souvent appel aux deux.
Les participants se retrouvent dans une salle et apportent une sorte de tapis de texture moelleuse, faite d'une bien curieuse matière. Apres l'avoir déroulé, ils s'y allongent et se mettent dans une posture qu'ils appellent sabasana, les jambes quelque peu écartées, les bras de même, les paumes vers le ciel, leur tête bien centrée, les yeux clos. La première fois, les voyant dérouler ces tapis, je n'ai pu m'empêcher de les comparer à ceux que nous utilisons en Perse pour nos prières, et ai pensé que le but de cette réunion était un temps de pratique religieuse, quand bien même la tenue des fidèles semblait peu appropriée pour honorer leur dieu. (Je dois dire qu’aujourd’hui encore, les frontières entre la religion en Asie et cette activité ne sont pas encore bien définies dans mon esprit. Chaque séance s'ouvre et se referme par un chant d'invocation a la paix - Shanti-, comprend un exercice de méditation, et la pratique régulière du yoga - puisque tel est le nom employé pour désigner l'activité- est recommandée par certains moines, ce qui est inhabituel dans toute autre discipline physique connue chez nous.)
Lorsque tous les participants ont rejoint les lieux, commence une série d'exercices de respiration, supposés purifier le sang et améliorer la circulation de l'énergie. Figure toi que pour les faire dans de bonnes conditions, il faut être assis a la manière des tailleurs, mais avec les pieds sur les cuisses, dans ce qu’ils appellent la position du lotus. Ceux pour qui le lotus est trop inconfortable peuvent faire le demi lotus. Je ne sais pas si cela divise par deux leur douleur, mais je suis certain que c’est là une bien étrange manière de s’asseoir. Viennent ensuite douze enchaînements de mouvements, douze salutations au soleil qui servent d'échauffement. Par la suite, les individus ayant joint ce rassemblement se prendront successivement pour un cobra, un poisson, une montagne, un arbre, mais aussi pour un pont ou une charrue, ou encore un guerrier. Tu comprendras l'étonnement que suscitent en moi ces gens et leurs mimes... Plus ils semblent se convaincre intérieurement qu’ils sont effectivement un cobra, un poisson, une montagne ou un arbre, plus ils surmontent les difficultés de souplesse, d’équilibre, de concentration. Quel est donc leur mystérieux lien avec la nature ?
Un professeur anime la séance. Je l'appelle ainsi par commodité, ne sachant guère quel titre lui donner, et je pourrais tout aussi bien choisir de l'appeler conseiller ou guide , car beaucoup s’accordent à dire que ses enseignements les aident à mieux vivre.
De Singapour, le 12 de la lune de Chaval*, 2007
++
Diane
* Non non, pas Chabal...